Combien de temps pour pardonner une infidélité ? Ce que le temps fait, et ce qu'il ne fait pas.

 

Il n'y a pas de délai pour pardonner une infidélité, mais il y a un ordre : le pardon vient après des choses précises qui doivent se passer entre les deux, et le temps seul ne les produit pas. Les couples qui restent ensemble mettent le plus souvent un à deux ans à retrouver une forme de stabilité, et le pardon, lui, arrive encore après, sans qu'on l'ait toujours vu venir.

Deux ans. Vous aviez compté, au début, puis vous avez arrêté. Il a fait ce qu'il fallait : il a coupé, il a répondu aux questions, il rentre à l'heure. La maison est calme. Et pourtant, ce matin, dans la voiture, une chanson à la radio, et tout est revenu. La date, l'hôtel, le prénom. Vous avez monté le son pour ne pas y penser. Vous y avez pensé quand même.

Vous vous êtes demandé si vous étiez normal(e). Vous l'êtes.

Pardonner, refaire confiance, oublier, rester : quatre choses différentes

Quand on demande combien de temps il faut pour pardonner, on mélange quatre choses qui n'ont pas le même rythme, et qui n'arrivent pas toujours ensemble.

On peut pardonner et partir : ne plus en vouloir à l'autre, lui souhaiter sincèrement du bien, et savoir qu'on ne veut plus vivre avec lui. On peut rester sans pardonner, et c'est le pire des scénarios : le couple continue, les repas, les vacances, les anniversaires, mais la dette reste ouverte, et tout se dégrade lentement, sûrement. On peut refaire confiance sans avoir pardonné : les preuves sont là, on ne vérifie plus le téléphone, et pourtant quelque chose en soi n'a pas rendu les armes. On peut pardonner sans refaire confiance : pas de rancune, mais on ne confie plus à l'autre les choses qui comptent. Quant à oublier, c'est la seule des quatre qui n'existe pas. On ne désapprend pas ce qu'on a appris sur quelqu'un. Et beaucoup de personnes croient ne pas avoir pardonné simplement parce qu'elles n'ont pas oublié.

Si vous vous demandez encore s'il faut rester ou partir, cette question vient avant le pardon. Et si vous avez décidé de rester, reconstruire la confiance après une infidélité est un travail à part, qui a ses propres étapes. Ici, on parle du reste : ce qui se passe en vous, et qui ne dépend pas seulement des efforts de l'autre.

Ce que le temps fait, et ce qu'il ne fait pas

Le temps fait trois choses, et il les fait bien. Il baisse l'intensité : les images reviennent, mais elles ne coupent plus le souffle. Il rend le sommeil. Et il espace les vagues : les mauvais jours deviennent plus rares, puis ce ne sont plus que de mauvaises heures, comme après une rupture.

Mais le temps ne fait rien d'autre. Il ne répond pas aux questions qu'on n'a pas posées. Il ne dissout pas ce qu'on a ravalé le soir de la découverte pour que la maison ne s'effondre pas. Il ne dit pas à votre place ce que l'autre aurait dû entendre. Le temps est une condition du pardon. Ce n'est pas lui qui pardonne. Deux ans sans rien d'autre que du temps, ça ne donne pas un pardon. Ça donne une habitude.

« Ça fait deux ans et j'y pense encore »

Une date, un prénom qui ressemble, une chanson, un hôtel au bord d'une route. Les déclencheurs ne préviennent pas et ne se négocient pas. Ils peuvent durer des années, y compris dans les couples qui vont bien.

Il y a pourtant une différence à savoir faire : y penser encore n'est pas être encore blessé(e). L'image qui revient est une trace, comme une cicatrice qui tire par temps froid. La blessure, c'est quand l'image remet en cause le présent, quand elle rouvre la question « Et si ça recommençait ? », quand elle vous fait regarder l'autre comme ce soir-là. Si vous y pensez et que ça passe, le pardon est peut-être déjà là, sans que vous l'ayez déclaré. Si vous y pensez et que tout se fige, quelque chose n'a pas été fait.

Les trois visages du faux pardon

Le pardon a des imitations, et elles ressemblent beaucoup à l'original.

La première est le pardon déclaré trop tôt. Quelques semaines après la découverte, on dit « je te pardonne » pour que la crise s'arrête, parce qu'on n'en peut plus, parce que les enfants entendent tout. Ce pardon revient en boomerang six mois plus tard, souvent plus violent qu'au départ, parce que rien n'a été traversé.

La deuxième est le pardon à crédit. On a pardonné, officiellement. Mais à chaque dispute, même pour une histoire de vaisselle, la dette est rouverte : « Après ce que tu as fait ». L'infidélité devient un argument, et celui ou celle qui a trahi comprend qu'il ne sera jamais quitte, quoi qu'il fasse.

La troisième est la paix de surveillance. Rien n'est dit, tout est calme, et tout est vérifié. Les horaires, le téléphone, le ton de voix. Ce n'est pas la paix. C'est un cessez-le-feu.

Dans les trois cas, le mot a été prononcé. Rien n'a été pardonné.

« Je me suis excusé, qu'est ce qu'il faut de plus ? »

Il faut maintenant regarder depuis l'autre chaise. Celui ou celle qui a trompé voudrait, le plus souvent, passer rapidement à autre chose. Il a mis fin à la relation. Il a dit « Je m'excuse », parfois plusieurs fois. Et il attend. Il fait le dos rond pendant les mois qui suivent, en se disant que ça va passer, que c'est une question de temps. Il espère que ce sera suffisant.

Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est la différence entre s'excuser et demander pardon. S'excuser, c'est demander à être dispensé de la faute. Demander pardon, c'est accepter d'être vu avec. Et ce qui rend le pardon possible, du côté de l'autre, ne figure dans aucune excuse : entendre la douleur, plusieurs fois, sans se défendre. Sans « Je t'ai déjà demandé pardon ». Sans « Ca ne comptait pas ». Sans se cacher derrière le regret d'avoir été découvert, qui n'est pas le remords d'avoir blessé.

Le dos rond n'y arrive pas, parce que le dos rond attend que la vague passe. Or ce que la personne blessée a besoin de voir, c'est quelqu'un qui reste debout dans la vague avec elle.

« Il m'a demandé pardon, mais je n'y arrive pas »

Parfois tout a été fait. L'autre a coupé, répondu, entendu, tenu dans la durée. Et le pardon ne vient pas. Ce blocage a presque toujours une raison, et elle est rarement celle qu'on croit.

Souvent, ce qui est resté coincé n'est pas la tromperie elle-même, mais une chose à côté, que personne n'a nommée. Le mensonge, plus que l'acte. La durée. L’humiliation parce que tout le monde savait sauf vous. Le contexte: ce jour-là,  vous étiez à l'hôpital. Tant que ce détail n'a pas été dit et entendu, le pardon porte sur la mauvaise chose. Parfois aussi, la trahison a réveillé une peur d'être laissé(e) qui avait déjà une histoire avant ce couple, et le pardon est demandé à la mauvaise adresse.

La psychologue américaine Janis Abrahms Spring décrit quatre sorties possibles, et non pas deux. Le pardon bon marché, accordé sans que l'autre ait rien fait. Le refus de pardonner, qui enferme celui qui le tient. Le pardon mérité, construit à deux, quand l'autre fait sa part. Et l'acceptation, qu'on peut s'offrir seul(e) quand l'autre ne répare pas, ou n'est plus là. Cette quatrième porte est celle qu'on oublie. C'est souvent la seule qui soit ouverte.

Et si le mot pardon n'était pas le bon ?

Pardonner est un mot lourd. Il sent la religion, la grandeur d'âme, l'idée qu'on devrait en être capable et qu'on serait petit de ne pas y arriver. Pour beaucoup, il bloque à lui seul.

On peut le remplacer. Accepter ce qui s'est passé. Non pas l'approuver, non pas l'excuser, mais cesser de se battre contre le fait que c'est arrivé. Faire le chemin nécessaire pour s'offrir une paix intérieure. Et, si c'est ce qu'on a choisi, reconstruire une nouvelle version de son couple, pas l'ancienne réparée. Le fait ne change pas. Ce qui change, c'est la place qu'il occupe : il passe du centre de la pièce à une étagère. Il est toujours là. On ne vit plus dessus. Ce chemin vaut aussi pour celles et ceux qui sont partis : la rancune maintient le lien avec la personne qu'on voudrait oublier.

Une chose encore pour les couples qui restent : le corps a souvent un temps de retard sur la tête. On peut avoir accepté, sincèrement, et ne plus avoir envie. Le désir ne revient pas après la déclaration de pardon. Il revient après la reconnexion, quand on s'est retrouvés, et pas avant.

Enfin, beaucoup de couples ne pardonnent jamais parce que la crise n'a jamais eu de fin. Elle s'est éteinte, lentement, sans que personne ne la ferme. Marquer le passage, par un geste, un rituel, une phrase dite à deux, change ce qu'on vit après. C'est l'une des choses que permet une thérapie de couple après une infidélité : donner une fin à la crise, poser à deux ce qui est resté coincé, et entendre l'autre sans se défendre. Le regard d'un tiers met en lumière ce que chacun ne voit plus, le détail jamais nommé d'un côté, l'effort jamais vu de l'autre.

Et après ?

Le pardon n'a pas de date. Mais il a des signes. Le jour où la chanson passe à la radio et que vous ne l’éteignez pas. Le jour où vous parlez de ce qui s'est passé sans que la soirée se brise. Le jour où vous regardez l'autre sans le soir de la découverte derrière lui. Ces jours arrivent sans prévenir. Et un matin, on s'aperçoit qu'ils sont là depuis un moment.


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